Au moment où il s’apprête à détrôner La vérité si je mens 2 dans l’Hexagone, où sa carrière internationale s’envole, où Miramax peaufine sa sortie américaine sur le modèle de La vie est belle, le film de Jean-Pierre Jeunet est choisi pour représenter la France aux Oscars.

Mercredi, elle a été choisie par les sept membres de la Commission chargée de sélectionner “le” film qui représentera la France dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger. Ce week-end, elle devrait prendre la tête du box-office 2001, en dépassant les 7 867 157 entrées de La vérité si je mens 2. Vendredi prochain, les Américains découvriront son joli minois, à New York et Los Angeles d’abord, puis petit à petit sur l’ensemble des Etats-Unis (cf. encadré)… Amélie a de quoi exulter !

Cette semaine, le film n’aura jamais autant mérité son titre. Car 182 jours après sa sortie en France, le rêve continue bel et bien pour Le fabuleux destin d’Amélie Poulain et ses initiateurs, de Jean-Pierre Jeunet bien sûr, à sa fidèle productrice Claudie Ossard, en passant par Audrey Tautou, choisie par Stephen Frears pour incarner, en anglais avec accent turc s’il vous plaît, l’un des personnages principaux de son prochain film, Dirty Pretty Things qui se tournera bientôt à Londres.

26 semaines après sa sortie, donc, la grâce d’Amélie Poulain continue de toucher le cinéma français qui, dans sa globalité poursuit sa reconquête du public, les succès annoncés succédant aux bonnes surprises. Cette dynamique en arriverait presque à gommer les inévitables déceptions qui, tout de même, assombrissent ce tableau idyllique.

À sa sortie fin avril, le film de Jean-Pierre Jeunet permettait au cinéma français de garder l’avantage acquis par le succès à la fois des blockbusters français du début de l’année – La vérité si je mens 2 de Thomas Gilou, Le placard de Francis Veber et Le pacte des loups de Christophe Gans –, et des films plus intimistes, comme Sous le sable de François Ozon. Le premier semestre se soldait alors, dans l’euphorie générale, avec une part de marché à 48% pour le cinéma français, contre 44% pour le cinéma américain et 8% pour “les autres films”. Et avec quatre films français au-delà des cinq millions d’entrées, record jamais atteint depuis 1947 !

Cependant, enthousiaste mais prudente, la profession s’accordait alors pour envisager une baisse de régime au deuxième semestre, d’autant que l’été s’annonçait comme à l’accoutumée américano-américain, hormis le très international Baiser mortel du dragon d’Europa Corp.

Que l’aura d’Amélie porte plus loin ou que le phénomène soit passé de l’état conjoncturel à structurel, force est de constater que la dynamique du cinéma français perdure en ce deuxième semestre. Ainsi, la rentrée a été marquée par une nouvelle vague de succès : Absolument fabuleux (1 350 000 entrées), Une hirondelle a fait le printemps (2 000 000), La chambre des officiers (500 000), Chaos (800 000), jusqu’aux démarrages prometteurs la semaine passée de Sur mes lèvres et du Petit Poucet (cf. page 26). Déjà, huit films français s’illustrent dans le classement des 20 premiers films sortis en 2001, qui plus est, au-delà des 2 millions d’entrées.

Mardi dernier, Yann Tiersen recevait le prix de la meilleure musique de film étranger aux Sound Tracks Awards de Los Angeles… Une première récompense qui risque bien d’être suivie de beaucoup d’autres, en France comme à l’étranger, et ce jusqu’au grand soir des Oscars. Jean-Pierre Jeunet, qui préside les Rencontres de Beaune, se dit fin prêt.“J’ai déjà le costume, dit-il amusé. Et j’ai demandé aux ouvriers du Kodak Pavillon sur Hollywood Boulevard de changer les éléphants qui ornent la façade... en cochons. Ils m’ont promis de le faire ! ”

Sophie Dacbert

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